Crimes de Montluçon : ce qu'il faut retenir de la 2e journée aux Assises de l'Allier


19 novembre 2019

La deuxième journée du procès aux Assises des "crimes de Montluçon" s'est déroulée aujourd'hui au Palais de justice de Moulins. La journée a été essentiellement consacrée au troisième homicide, perpétré dans un appartement de l'avenue de la République, par les deux accusés, 17 et 18 ans au moment des faits. Retour sur quelques temps forts. 

Les témoignages poignants des familles des victimes

C'est tout d'abord le fils du couple Degl'Innonceti, tué dans son logement de la rue Raquin qui s'est présenté à la barre. "Mes parents me manquent", lâche-t-il simplement, retenant ses larmes. "Je voulais passer plus de temps avec eux", raconte cet homme qui venait régulièrement rendre visite à ses parents. "Je ne suis pas sensible à leur pardon", explique-t-il en évoquant les deux accusés. "Je ne pardonnerai jamais", renchérit sa soeur. "Ces deux individus m'ont enlevé toute la possibilité de dire à mes parents que je les aimais".

Plus tard dans la journée, c'est la fille unique de Jeanine Ponce, 74 ans, sauvagement tuée dans son appartement de l'avenue de la République qui a pris la parole devant la Cour. D'un ton calme, posé, elle a décrit sa maman comme "une femme paisible, très modeste, qui avait à coeur d'aider les autres". Elle est ensuite revenue sur la restitution de l'appartement de sa mère, une fois l'enquête terminée. "Ce n'est pas comme dans les films où la scène de crime a été nettoyée. J'ai voulu récupérer des affaires dans la chambre. Les gens qui m'accompagnaient m'ont dit de regarder en l'air. Mais je sais que j'ai marché dans le sang de ma mère". Avant de conclure. "Ce qui me hante aujourd'hui, c'est la terreur qu'elle a ressenti cette nuit-là".

Le récit glaçant du troisième homicide

Invité à évoquer le meurtre de Jeanine Ponce, le plus jeune des mis-en-cause a livré un récit détaillé de la soirée. Les deux avaient prévu de sortir en boîte de nuit. Mais alcoolisés et sous l'emprise de stupéfiants, ils se sont faits refouler à l'entrée. C'est là que le plus âgé s'est emporté devant l'un des videurs. "Je suis le tueur de Montluçon, si tu ne sais pas qui je suis, imbécile".

Ensuite, "on a rôdé en ville pour faire de l'argent", poursuit son compère. Ils sont allés là où les portes s'ouvraient. Dans des caves d'abord. Puis dans l'appartement de la septuagénaire. A l'arrivée du duo, celle-ci est dans son lit. "Sans réfléchir, j'ai sauté sur elle", indique le jeune homme. Le début d'un terrible enchaînement. " J'ai tenté d'avoir des relations sexuelles. Elle s'est débattue, à crié qu'elle allait appeler la police". "Laissez-moi, je suis une vieille" aurait même imploré la victime. "Et ça ne vous a pas arrêté ? ", interroge l'avocate générale. La suite est un déchaînement de violences, entre étranglement et coups portés. Le plus jeune reconnaît avoir fait "trois sauts sur elle". Il admet aussi avoir versé dans sa bouche une bombe anti-moustiques "pour arrêter les saignements" avant d'aller laver ses chaussures pleines de sang dans la salle de bain....

Devant les juges, Zaki Ali T, le plus âgé des deux, va confirmer l'essentiel du déroulé. Après avoir fait porter la faute sur son compère, il finit par reconnaître avoir asséné les coups de couteau à la gorge mortels, mais nie en revanche s'être servi d'un extincteur pour frapper la victime. 

Le duo repartira de l'appartement, en le fermant à clé, et avec quelques billets dans la poche. "Donc elle est morte pour moins de 50 euros..." interroge le président. 

Des accusés qui apparaissent toujours aussi détachés

"Depuis hier, on cherche désespérement de l'émotion", s'est désespéré Maître Renaud Portejoie, l'un des avocats de Zaki Ali T. Il est vrai que tout au long de la journée, les deux jeunes hommes ont livré chacun leur récit avec un certain détachement, n'exprimant que des regrets ponctuels. Et sans émotion apparente en tout cas.

"On a fait de la merde", s'est quand même emporté le plus vieux des deux. On n'avait aucune raison de lui faire du mal (à la troisième victime NDLR)". "Ce n'était pas mon intention de lui donner la mort", a expliqué de son côté l'autre accusé. Il ponctue souvent ses phrases d'un "malheureusement". "Ce malheureusement, c'est pour vous ou pour les victimes ?", interroge l'un des avocats des parties civiles. "C'est pour moi", répond-il.