19 février 2024
Deux jeunes Nordistes étaient jugés, ce lundi après-midi, en comparution immédiate par le tribunal correctionnel de Montluçon dans le cadre d'une nouvelle affaire de trafic présumé de stupéfiants. L'un d'eux a écopé de 12 mois de prison dont 6 avec sursis, l'autre a été relaxé. Les deux ont pu sortir de prison.
Ils sont arrivés détenus. Ils sont ressortis (en partie) libres. Ces deux jeunes habitants de Lille (Nord) âgés de 19 et 20 ans risquaient gros. Ils avaient été interpellés la semaine dernière, dans un logement Airbnb qu'ils avaient loué, rue Miscailloux, après qu'un troisième protagoniste* les avait accusés de l'avoir séquestré. Les saisies opérées par les services d'enquête avaient permis de mettre la main sur 106 grammes d'héroïne, 56 grammes de cocaïne, quelques grammes d'herbe de cannabis et quelques centaines d'euros en petites coupures.
L'avenir des deux mis-en-cause s'est considérablement assombri lorsque le parquet a requis, à leur encontre, trois ans de prison ferme, avec maintien en détention. Le Ministère public a pointé du doigt un huitième dossier impliquant de jeunes Nordistes, supposément dépêchés sur Montluçon pour vendre du produit stupéfiant. Le troisième depuis début 2024. "On a cette vilaine impression qu'aussitôt démantelé, le réseau se reconstitue", a regretté le représentant du parquet. Un peu comme si un commerce s'arrêtait. Avant d'être repris immédiatement. "Ce sont des méthodes commerciales". Avec un fichier client de 63 consommateurs. Et une proposition d'achat qui leur est formulée, par message, le jour de la reprise de l'activité.
Pour la faire vivre, des "petites mains", envoyées sur place par des donneurs d'ordre situés quelques 500 kilomètres plus au nord. Le plus jeune des deux prévenus, 19 ans, a fini par reconnaître sa participation, alors qu'il avait d'abord nié en procédure. "Je devais de l'argent à des "grands" à Lille, a-t-il exposé, le ton posé. Ils m'ont dit, tu vas aller là-bas pour nous. C'était soit ça, soit j'allais me faire frapper". Déjà condamné dans une affaire liée à la drogue il y a un peu plus de deux ans, ce consommateur régulier a été condamné à 12 mois de prison dont 6 avec sursis. Mais il a échappé à un maintien en détention. Son avocat maître Hugo Gouysse.
Son voisin dans le box des prévenus a été moins loquace. Pourquoi était-il à Montluçon alors qu'il n'y a aucune attache ? "Je partais en vacances en Espagne. J'étais fatigué. Je me suis dit pourquoi pas aller à Montluçon, c'est au milieu de la France". Et tant pis si le trajet s'effectue en train, avec changements à Paris puis à Vichy. Avant de finir en bus. "On ne vient pas à Montluçon par hasard, en transports en commun. D'autant plus avec la fermeture de la ligne SNCF Bourges-Montluçon", a fait remarquer le Ministère public. Autre bizarrerie pointée lors de l'audience, pourquoi voyageait-il sans aucune affaire sur lui ? "En Espagne, j'ai des cousins. j'ai mes affaires là-bas". Si la présidente l'a interrogé, "vous pensez que ça paraît crédible ?", le tribunal l'a finalement relaxé, "au bénéfice du doute", conformément à ce qu'avait plaidé son avocat, maître Fabrice Héas.
Le parquet a désormais dix jours pour, potentiellement, faire appel.
* Un troisième protagoniste qui assurait avoir été forcé à effectuer les transactions avait été jugé en comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité en fin de semaine dernière. Il avait écopé de six mois de prison avec sursis.
