Emeutes urbaines : prison ferme pour l'un des incendiaires de Solutia à Montluçon


13 septembre 2023

Un homme de 30 ans a été condamné à quatre ans de prison dont un avec sursis cet après-midi, par le tribunal correctionnel de Montluçon. Il a été reconnu coupable d'avoir participé à l'incendie de Solutia, avenue de la République, lors de la nuit d'émeutes urbaines du 1er juillet au 2 juillet dernier, en ville Gozet.

Ce soir-là, le mis-en-cause porte une capuche. Mais le reste de son visage n'est pas dissimulé. Sur les images de vidéo-protection, il est le seul dans ce cas. Et comme il est "défavorablement connu des policiers", ces derniers n'ont aucun mal à le reconnaître.

Un peu plus de deux mois plus tard, il s'est donc retrouvé à la barre du tribunal, cet après-midi. Le trentenaire originaire de Seine Saint-Denis porte un bob pour dissimuler de graves brûlures qui recouvrent d'ailleurs une large partie de son corps. Les stigmates, dit-il, d'une "bavure policière" qui date de 2010.

Après une interpellation dont il assure qu'elle avait été très musclée, il avait été électrocuté en tentant de fuir. Alors, lorsque cette nuit de juillet, il reçoit une invitation par Snapchat pour participer à une "guérilla" à Montluçon dans la lignée de la mort du jeune Nahel à Nanterre, il voit là une occasion de "dégommer du schmitt. Je voulais leur envoyer des mortiers", reconnaît-il, sans détour à la barre.

Pourtant, ce n'est pas pour des violences sur personne dépositaire de l'autorité publique qu'il comparaît, mais pour avoir participé à l'incendie des locaux de l'entreprise d'aide à la personne Solutia. "Je ne savais pas que c'était un truc d'aide à la personne, et je m'en excuse", tente-t-il. Alors pourquoi a-t-il mis le feu à des papiers dans un bureau de la structure, poussé une chaise dans le brasier afin d'attiser encore les flammes? "Je n'étais pas conscient à ce moment-là", lâche-t-il. Sa deuxième ligne de défense, c'est son état psychologique. Quelques semaines avant les faits, il avait été hospitalisé d'office pour des crises de démence. "Il y avait une abeille géante chez moi" raconte-t-il alors. Mais à la sortie, le traitement qui lui est administré est, juge-t-il, "trop lourd. Les médicaments ne te font pas penser normalement", décrit-il.

L'expert psychiatre mandaté par le tribunal confirme de "graves troubles de la personnalité". Mais réfute l'idée d'une altération du discernement. "Il casse les c.... le psychiatre", s'emporte-t-il, devant la présidente. Une attitude que l'avocate de Solutia et de son directeur juge "exaspérante". Pour elle, il "s'est servi des événements consécutifs au décès de Nahel pour régler ses comptes avec la justice". L'entreprise a du depuis trouver d'autres locaux. Et ses six salariés ont en partie travaillé de chez eux en attendant.

En pointant sa "force vindicative d'une grande dangerosité" et un casier bien chargé (16 mentions pour des vols, outrages, rébelllion, dégradations de biens...), le procureur de la République avait requis une peine de quatre ans de prison dont un avec sursis. Le tribunal l'a suivi. Le trentenaire est reparti en prison à l'issue de l'audience. Il a également interdiction de paraître dans l'Allier pendant cinq ans.