Tour de France : Julian Alaphilippe - Florian Vachon : merci Messieurs!

Ne soyez pas surpris si vous ressentez comme un manque, demain après-midi. Ne soyez pas surpris si vous en venez même à regretter les publicités pour les conventions obsèques ou le visage désormais familier du patron de cette société qui vous promet de perdre x kilos en quelques jours. Oui, le Tour de France est fini. Et on a beau vous dire que toute bonne chose à une fin, quand on apprécie quelque chose, ça fait toujours mal au coeur de s'en passer. 

Car depuis trois semaines, c'était réglé comme du papier à musique.  A Montluçon peut-être plus qu'ailleurs. A 15 heures (ou avant), vous étiez postés devant la télé. Ou une tablette. Ou un téléphone. Prêt à savourer le feuilleton de l'été. Même dans les entreprises du coin, on s'était organisé pour suivre, chaque jour, le nouvel épisode (promis, on dira rien aux patrons). Il n'y avait qu'à tendre l'oreille, aussi, le matin, à la terrasse des cafés du Boulevard de Courtais. Le Tour était (avec la canicule, un peu) LE sujet de conversation préféré de cette première moitié d'été. Car le personnage central de cette saga de juillet, était un p'ti gars du coin.

Après les Virenque, Voeckler ou Bardet des dernières années, c'était donc au tour d'un p'ti Montluçonnais de faire vibrer les foules. A vrai dire, il avait bien choisi son année. Quatorze jours en jaune, l'année du centenaire du plus célèbre maillot de l'histoire du vélo. Julian Alaphilippe n'était pourtant pas destiné à jouer ainsi les premiers rôles, presque jusqu'à l'arrivée. Quand on l'avait rencontré, dans un charmant hôtel près d'Aurillac, avant le Critérium du Dauphiné, il nous avait rappelé qu'il serait difficile de faire aussi bien qu'en 2018 où il avait glané deux victoires d'étape et le maillot à pois.

Il s'était trompé. Il a fait mieux. Beaucoup mieux. Certes, il y a ses deux victoires d'étape, à Epernay, puis ce fabuleux chrono à Pau. Il y a aussi cette tunique jaune, deux semaines complètes sur ses épaules. Il y a cette 5e place au classement final. Au milieu du gratin. Mais au-delà des résultats purs, c'est une personnalité atypique qui a séduit.

"Pour les Montluçonnais, pour les Bourbonnais, cet avènement populaire a certainement fait naître un petit (ou un grand) sentiment de fierté"

Oui, c'est clair. Sa rage de vaincre, cette manière de ne jamais lâcher dans l'adversité, son sourire aussi, sa simplicité, lui ont fait gagner bien plus qu'un maillot mythique. Julian Alaphilippe est bel et bien rentré dans le coeur des Français. Et de Montluçon, on a parlé dans le monde entier. Et les Montluçonnais, les Bourbonnais, peuvent désormais dire à leurs amis de toute la France que ce gars-là, s'est façonné chez eux. Aux bords du Cher. Sur les routes de la région. De la Combraille au Berry. Les élus regrettent parfois que les habitants du territoire n'en soient pas les premiers ambassadeurs, à l'extérieur. Qu'ils aient tendance à trop souvent le dénigrer. Pour les Montluçonnais, pour les Bourbonnais, cet avènement populaire a certainement fait naître un petit (ou un grand) sentiment de fierté. Et il sera sans doute un argument aussi pour les élus à l'heure d'aller convaincre les organisateurs du Tour de faire une petite halte au pied du vieux-château dans les années qui viennent.

Ils peuvent être fiers aussi de l'autre Montluçonnais engagé. Lui n'a pas souvent eu les honneurs des caméras de télé. Florian Vachon est un travailleur de l'ombre. Il n'a sans doute pas les qualités de son jeune collègue. Mais, rendez-vous compte, il vient de finir son 6e Tour de France consécutif! 6 fois à l'arrivée. En 6 participations! Un exploit en soi. Et il suffit de lire les remerciements de Warren Barguil ou André Greipel sur les réseaux sociaux pour se rendre compte du rôle qu'il a pu jouer, trois semaines durant, auprès de ses leaders. Le cyclisme a cela de beau et d'ingrat à la fois, qu'il peut vous faire souffrir mille maux... pour que d'autres brillent, ou tentent de briller.

Alors, à l'heure de refermer ce palpitant Tour de France 2019, à l'un comme à l'autre, on est simplement tenté de dire "Merci". Et à bientôt pour de nouveaux épisodes.